Les Canadiens âgés ont besoin de flexibilité pour s'épanouir à la retraite
Les politiques gouvernementales doivent s’aligner sur les réalités économiques et les tendances démographiques
Chronique d’invité pour Investment Executive
Par : Andy Mitchell, Président et chef de la direction, Institut des fonds d’investissement du Canada
Les Canadiens vivent plus longtemps, et notre secteur joue un rôle important pour les aider à s’épanouir. En offrant davantage de souplesse dans la manière dont les Canadiens âgés puisent dans leur épargne, on donnerait aux aînés qui vivent et travaillent plus longtemps davantage de temps pour se constituer une épargne. Un changement de politique pourrait grandement contribuer à renforcer la sécurité financière des aînés tout au long de leur retraite.
À l’heure actuelle, les Canadiens doivent transférer les fonds de leur REER vers un FERR l’année de leurs 71 ans. À partir de l’année suivante, les aînés doivent commencer à effectuer des retraits minimaux calculés selon une formule établie par le gouvernement fédéral, qui tient compte de la valeur du FERR et de l’âge de la personne. Au cours des dernières années, un certain nombre d’entreprises, d’associations et de groupes de réflexion ont fait pression pour obtenir des changements structurels aux REER et aux FERR, sans succès notable.
Alors, pourquoi revenir sur ce sujet ? Dans le contexte économique incertain actuel, il est de plus en plus nécessaire d’offrir une certaine flexibilité. Avec l’inflation galopante de ces dernières années, notre argent ne nous permet plus d’en faire autant qu’avant. La menace des droits de douane pourrait avoir des répercussions négatives considérables. Et les coûts des soins de santé ne cessent d’augmenter pour les personnes âgées.
Ces conditions finissent par pénaliser ceux qui en ont le plus besoin. Nous l’avons constaté en 2008, au lendemain de la crise financière, puis à nouveau en 2020, face aux répercussions économiques de la pandémie mondiale. Dans les deux cas, le gouvernement a modifié les règles relatives aux retraits des FERR, à titre de mesures d’allègement temporaires.
Une mesure permanente permettrait d’éviter les ajustements ponctuels. Sans retraits obligatoires, les retraités peuvent mieux gérer le risque de marché et protéger leur épargne afin de subvenir à leurs besoins à long terme. Les retraits obligatoires en période de baisse des marchés pénalisent les personnes âgées qui ne disposent pas d’une marge de manœuvre suffisante pour compenser cet impact.
Le rapport du Conference Board du Canada intitulé « Financer l’avenir : l’impact économique du secteur canadien des fonds d’investissement », publié par l’Institut des fonds d’investissement du Canada (IFIC), révèle que chez les Canadiens âgés de 65 ans et plus, le recours aux revenus de retraite privés a considérablement augmenté, passant de 18 % en 1990 à 33 % en 2022.
Parallèlement, la part des revenus provenant de programmes gouvernementaux tels que la Sécurité de la vieillesse, le Supplément de revenu garanti, le Régime de pensions du Canada et le Régime de rentes du Québec a diminué, passant de 46 % à 33 %. Étant donné que de moins en moins de travailleurs sont couverts par des régimes de retraite d’entreprise, l’épargne personnelle revêt une importance croissante pour la sécurité financière des Canadiens à la retraite.
Maintenant que j’ai exposé les arguments solides expliquant pourquoi les Canadiens plus âgés ont besoin d’une plus grande flexibilité en matière de revenus de retraite, que pouvons-nous faire pour y remédier ?
Une école de pensée propose d’accorder aux Canadiens dont le total des avoirs dans leurs FERR ne dépasse pas 200 000 $ une flexibilité totale en matière de retraits. Cette idée a été avancée par Amin Mawani dans le Canadian Tax Journal. Une telle mesure dispenserait environ 75 % des Canadiens titulaires d’un FERR de l’obligation d’effectuer des retraits minimums, ce qui allégerait également la charge administrative tant pour les épargnants que pour les institutions financières. Elle permettrait aux personnes se situant dans cette fourchette de puiser dans d’autres sources relativement tôt (par exemple, des gains exceptionnels comme un héritage), de sorte que leur épargne à l’abri de l’impôt soit préservée pour le moment où elles en auront vraiment besoin. Cela contribuerait à réduire le risque de vulnérabilité financière dans les années à venir.
Compte tenu de l’évolution démographique du Canada et des défis économiques auxquels notre pays continue de faire face, il est essentiel que les politiques économiques s’adaptent en conséquence. Offrir des mesures visant à alléger la charge fiscale des Canadiens âgés pourrait considérablement renforcer leur stabilité financière et leur permettre de prendre leur retraite l’esprit tranquille.
La réussite en matière d’investissement repose sur des choix flexibles et éclairés. Le recours à un conseiller permet aux investisseurs d’adapter leurs stratégies à l’évolution de leurs besoins.