Réflexions issues de la réunion annuelle de l'IIFA : défis communs et position du Canada
Par : Ian Bragg, vice-président, Recherche et statistiques, Association des valeurs mobilières et de la gestion d’actifs
C’est dans un contexte marqué par la montée des tensions géopolitiques, l’incertitude économique et les menaces tarifaires persistantes des États-Unis que la SIMA s’est jointe aux principaux acteurs mondiaux du secteur des fonds d’investissement à Washington, D.C., le mois dernier, à l’occasion de la réunion semestrielle de l’Association internationale des fonds d’investissement (IIFA). En présence de représentants de pays d’Europe, d’Asie, d’Australie, d’Amérique latine, des États-Unis et du Canada, les discussions ont été marquées par une préoccupation commune : comment le secteur de l’investissement peut-il soutenir la croissance économique, accroître l’épargne et renforcer la sécurité financière des particuliers dans un contexte marqué, d’une part, par des finances publiques sous pression et l’incertitude économique et, d’autre part, par un alourdissement de la charge réglementaire ?
Trois thèmes clairs et étroitement liés se sont dégagés, tous trois d’une grande importance pour le Canada : la nécessité de renforcer la formation de capital, l’importance de s’attaquer au fardeau croissant de la réglementation financière, et la nécessité de garantir un niveau suffisant d’épargne volontaire pour assurer la sécurité de la retraite.
Renforcer la formation de capital dans une économie mondiale fragmentée
L’instauration de droits de douane américains et la fragmentation du commerce mondial ont mis davantage en lumière le rôle des marchés de capitaux nationaux dans la stimulation de la croissance économique à long terme. Lors de la réunion de l’IIFA, les participants ont souligné que les fonds d’investissement devaient jouer un rôle central dans le financement de l’innovation, des infrastructures et de l’expansion des entreprises.
Du Trésor américain aux groupes de réflexion européens, on constate une prise de conscience croissante de la nécessité de faire évoluer la réglementation afin de permettre aux investisseurs particuliers d’accéder plus largement aux actifs privés, notamment au crédit privé, au capital-investissement, aux infrastructures et à l’immobilier. Cela revêt une importance particulière compte tenu des besoins en capitaux des entreprises en phase de démarrage et des petites entreprises, ainsi que de la croissance rapide et des opportunités offertes par les marchés privés. Une préoccupation commune à l’ensemble des juridictions est la baisse constante du nombre de sociétés cotées en bourse.
Les autorités de réglementation canadiennes reconnaissent ces défis et étudient actuellement les premières mesures à prendre pour élargir l’accès aux marchés privés — une initiative que l’AMVI soutient en principe. Par exemple, la Commission des valeurs mobilières de l’Ontario a proposé la création de fonds d’actifs à long terme (FALT) afin d’explorer des voies permettant aux investisseurs particuliers de participer à des placements privés moins traditionnels, notamment le capital-risque, la dette et les actions privées, ainsi que les projets d’infrastructure et liés aux ressources naturelles. Les plus grands investisseurs institutionnels du Canada, les « Maple 8 », sont depuis longtemps reconnus comme des leaders mondiaux dans le domaine de l’investissement dans les actifs privés. Il est désormais temps d’étendre cette opportunité aux investisseurs particuliers grâce à des structures de fonds innovantes, bien conçues et soigneusement gérées.
La tendance mondiale vers une réglementation plus efficace
De Washington à Bruxelles, les régulateurs et les dirigeants du secteur ont fait part de leurs inquiétudes quant au fait que les exigences réglementaires sans cesse croissantes et la complexité grandissante entraînent une augmentation des coûts pour les investisseurs, tant sur le plan direct qu’en termes d’opportunités manquées. Non seulement cette réglementation freine l’innovation au niveau des entreprises, mais elle crée également des obstacles réglementaires pour les investisseurs et peut les dissuader de s’engager.
De plus en plus de pays s’interrogent sur l’adéquation de leurs systèmes réglementaires à leurs objectifs et sur la manière dont ils pourraient les rendre plus proportionnés et plus efficaces sans pour autant compromettre la protection des investisseurs. Nous avons appris que le Royaume-Uni s’était fixé comme priorité stratégique l’innovation et la croissance et s’était donné pour objectif ambitieux de réduire les coûts réglementaires de 25 % d’ici 2029 afin de stimuler la croissance.
Les gouvernements canadiens ont fait part de préoccupations similaires, et nous encourageons les décideurs politiques et les autorités de régulation à adopter une approche tout aussi déterminée.
L’épargne-retraite volontaire : un atout canadien
De nombreuses juridictions, en particulier celles confrontées au vieillissement de la population et à une pression croissante sur les systèmes de retraite publics, ont fait part de leurs inquiétudes quant à l’adéquation des retraites à long terme. Les participants ont souligné l’importance d’une implication précoce, du transfert des actifs des ménages de l’épargne en espèces vers des fonds d’investissement et d’autres titres, ainsi que de l’amélioration de la culture financière, tout en renforçant la confiance des investisseurs, en particulier chez les jeunes générations.
En 2024, le gouvernement japonais a mis en œuvre des réformes majeures concernant ses comptes NISA, qui s’apparentent aux CELI : il a supprimé définitivement l’imposition des plus-values, considérablement relevé les plafonds de cotisation et permis une plus grande diversification des placements éligibles.
Le Canada se distingue comme l’un des pays les plus performants en matière d’épargne-retraite, non seulement par rapport au Japon, mais aussi par rapport à d’autres pays et territoires, notamment les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Union européenne. Parmi les Canadiens âgés de 55 à 64 ans, 79 % détiennent des actifs de retraite privés et la valeur médiane de l’ensemble des actifs financiers de ce groupe s’élève à 518 000 dollars, un chiffre impressionnant. Ce succès repose sur un système bien établi d’incitations fiscales et une forte culture de l’épargne volontaire, avec une participation généralisée aux fonds d’investissement et autres titres.
Malgré cette situation globalement solide, 24 % des Canadiens à la retraite déclarent avoir des difficultés à subvenir à leurs besoins financiers, ce qui met en évidence des lacunes persistantes. Récemment, l’ASIM a exhorté le gouvernement à moderniser ses politiques en repoussant de 71 à 73 ans l’âge auquel les Canadiens doivent convertir leur REER en FERR, afin de leur laisser plus de temps pour faire fructifier leur épargne. Nous avons également proposé la suppression des retraits obligatoires pour les personnes dont le FERR ne dépasse pas 200 000 $. Des mesures comme celles-ci, associées à un développement de la culture d’investissement au Canada — en particulier chez les jeunes générations —, seront essentielles pour garantir la sécurité financière à long terme des retraités.
Conclusion
L’assemblée annuelle de l’IIFA a clairement montré que, face à l’intensification des pressions budgétaires, aux tensions commerciales et à l’incertitude géopolitique, les priorités fondamentales du secteur de l’investissement sont remarquablement homogènes d’un pays à l’autre. Le Canada dispose de bases solides pour relever ces défis. En tant qu’association nationale représentant les gestionnaires d’actifs, les courtiers en valeurs mobilières et les acteurs des marchés financiers, l’AMVI s’engage à encourager les gouvernements et les organismes de réglementation à faire preuve d’audace et à agir avec diligence. Le Canada a l’occasion de faire preuve de leadership mondial en mettant en œuvre les changements politiques et réglementaires nécessaires pour améliorer le bien-être financier des Canadiens et pour veiller à ce que les investisseurs individuels jouent un rôle de plus en plus essentiel dans la formation de capital et la croissance économique durable à long terme.