Le secteur des fonds d'investissement va à contre-courant de la tendance à la faible productivité au Canada
Le rapport du Conference Board du Canada détaille l’impact économique de l’industrie
Chronique d’invité pour Investment Executive
Par : Andy Mitchell, Président et chef de la direction, L’Institut des fonds d’investissement du Canada
Au début de l’année, la Banque du Canada a lancé un avertissement alarmant concernant la productivité au Canada. Lors d’un discours prononcé à Halifax en mars, la sous-gouverneure principale de la banque, Carolyn Rogers, a qualifié la situation d’« urgence » susceptible d’entraîner une hausse des taux d’intérêt et de limiter les augmentations salariales pour les Canadiens. « Vous savez, ces panneaux qui disent : “En cas d’urgence, briser la vitre” ? Eh bien, il est temps de briser la vitre », a-t-elle déclaré à l’auditoire.
Je ne pense pas que Rogers ait exagéré la situation, au vu des statistiques. Notre productivité est inférieure de 30 % à celle des États-Unis et, parmi les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques, nous sommes passés de la sixième économie la plus productive en 1970 à la 18e en 2022. Par rapport aux États-Unis, nous occupons désormais la deuxième place, derrière l’Italie, en termes de baisse de productivité.
De nombreux facteurs nous ont conduits à cette situation, notamment le manque d’investissements des entreprises, une concurrence insuffisante dans tous les secteurs, l’incertitude politique et les difficultés à placer les immigrants qualifiés dans des emplois adaptés.
Même si les difficultés de productivité du pays sont préoccupantes, je suis fier que le secteur des fonds d’investissement aille à contre-courant de cette tendance. En effet, notre secteur est en plein essor.
Impact économique du secteur des fonds d’investissement
Fin septembre, l’IFIC a publié un rapport de recherche intitulé « Financer l’avenir : l’impact économique du secteur canadien des fonds d’investissement », rédigé par le Conference Board du Canada. Ce rapport souligne la bonne santé du secteur des fonds d’investissement ainsi que sa contribution considérable au Canada et aux Canadiens.
Par exemple, la contribution de notre secteur au produit intérieur brut (PIB) a connu une croissance spectaculaire de 82 % entre 2012 et 2023, contre 23 % pour l’économie canadienne dans son ensemble (voir l’infographie ci-dessous). Et contrairement à d’autres secteurs, qui ont globalement connu une stagnation de la productivité, notre secteur a enregistré d’importants gains de productivité au cours de la dernière décennie, principalement grâce à la technologie et à l’innovation.
Le rapport a également révélé qu’en 2023, le secteur des fonds d’investissement :
- a contribué à hauteur de 48,1 milliards de dollars au PIB du Canada, soit 2,1 % du PIB total du pays ;
- a réalisé un chiffre d’affaires de 42,6 milliards de dollars ;
- a permis de maintenir 415 320 emplois à temps plein, soit 2,5 % de l’ensemble des emplois à temps plein au Canada — ce qui équivaut à peu près au nombre d’emplois à temps plein en Nouvelle-Écosse ; et
- a rapporté 21,7 milliards de dollars de recettes fiscales.
Je pense que ces chiffres en disent long sur le rôle essentiel que joue notre secteur dans le soutien aux Canadiens, tant en matière d’épargne personnelle que de croissance économique globale. Les Canadiens comptent de plus en plus sur les produits de notre secteur — les fonds communs de placement et les FNB — pour atteindre leurs objectifs financiers. Parallèlement, il est évident que notre secteur contribue de manière significative à la création d’emplois, aux recettes publiques et au PIB global.
Croissance de l’épargne-retraite privée
Le rapport aborde d’autres thèmes intéressants concernant les tendances en matière d’investissement, notamment le constat selon lequel les Canadiens comptent de plus en plus sur leur épargne personnelle pour financer leur retraite. Chez les personnes âgées de 65 ans et plus, le revenu de retraite privé (en pourcentage du revenu total) est passé de 18 % en 1990 à 33 % en 2022. Parallèlement, la proportion de salariés couverts par des régimes de retraite d’entreprise a diminué, tout comme la valeur des prestations de retraite.
Le rapport révèle également que plus de la moitié des Canadiens détiennent des fonds communs de placement et qu’un quart d’entre eux détiennent des FNB. À eux deux, les fonds communs de placement et les FNB représentent désormais un tiers de l’ensemble du patrimoine financier des particuliers.
Considérés dans leur ensemble, ces éléments laissent présager un rôle encore plus important pour le secteur des fonds d’investissement dans les années à venir.
Innovation dans le secteur
Les préférences des consommateurs pour les FNB et l’investissement en libre-service sont en train de transformer le secteur et ses sources de revenus. Le secteur s’adapte à ces tendances et a répondu à l’intérêt croissant des consommateurs pour l’investissement responsable en proposant davantage de fonds de ce type.
De plus, au cours de la dernière décennie, les investisseurs canadiens ont payé des frais de fonds communs de placement nettement moins élevés. Comme l’indique le rapport du Conference Board, le ratio moyen des frais de gestion des fonds communs de placement à long terme (toutes séries confondues) au Canada a baissé de 29 % entre 2013 et 2023.
Il est important de souligner que les investisseurs accordent une grande importance aux conseils financiers. Selon la dernière enquête annuelle menée par Pollara auprès des investisseurs, 83 % d’entre eux estiment que les conseils prodigués par leurs conseillers financiers justifient les honoraires qu’ils leur versent. Une proportion similaire estime obtenir de meilleurs rendements grâce à leurs conseillers.
Même si notre secteur ne peut à lui seul résoudre les difficultés économiques et de productivité du Canada, je trouve réconfortant de constater à quel point nous sommes solides et en bonne santé, et à quel point nous continuons à bien servir les Canadiens. Nous devons célébrer cette réussite et continuer à innover afin de créer de la valeur pour les investisseurs canadiens et l’économie dans son ensemble.