Derrière les chiffres : tendances des fonds d'investissement et évolution du marché en 2025
Par : Ian Bragg, Vice-président, Recherche et statistiques, Association des marchés de valeurs et des investissements
Le secteur des fonds d’investissement a clôturé l’année 2025 avec un niveau record d’actifs sous gestion, des entrées de capitaux record dans les FNB et un environnement commercial nettement plus favorable pour les fonds communs de placement. À eux seuls, ces chiffres qui font la une des journaux suffisent à en faire une année solide. Mais ce qui importe davantage, c’est ce qui se cache derrière ces chiffres et la manière dont les tendances au sein du secteur des fonds sont influencées par l’activité des investisseurs particuliers, les tendances économiques générales et l’activité des marchés financiers.
C’est pour permettre de mieux comprendre les chiffres et les tendances que l’AMVI vient de publier son rapport statistique annuel 2025, qui, cette année, ne se limite plus aux données sur les fonds communs de placement et les FNB, mais inclut également des indicateurs clés des marchés boursiers et obligataires canadiens.
Actifs record, afflux renouvelés
En 2025, tant les fonds communs de placement que les FNB ont atteint des niveaux records en termes d’actifs sous gestion. Les actifs des fonds communs de placement ont atteint 2 530 milliards de dollars, soit une hausse de 12,7 % par rapport à l’année précédente, tandis que ceux des FNB ont grimpé à 713 milliards de dollars, en hausse de 37,8 %.
Les activités de vente ont contribué à ces gains d’actifs. Les ventes nettes de fonds communs de placement ont atteint 40,5 milliards de dollars, soit plus du double du niveau de 2024, marquant ainsi un revirement décisif par rapport aux rachats observés au début de la décennie. Les FNB ont enregistré des entrées nettes de 125,8 milliards de dollars : c’est la première fois que les ventes annuelles de FNB dépassaient les 100 milliards de dollars au Canada.
Ces résultats reflètent à la fois les conditions du marché et le comportement des investisseurs. Les marchés boursiers ont affiché une bonne tenue, l’indice composé S&P/TSX ayant progressé de 28,2 % en 2025. Parallèlement, la baisse des taux d’intérêt a réduit l’attrait relatif des CPG et autres dépôts à terme, incitant les investisseurs à se tourner à nouveau vers les placements liés au marché.
Ce que les investisseurs ont acheté et pourquoi c’est important
La composition des flux en 2025 est tout aussi révélatrice que les chiffres globaux. Parmi les fonds communs de placement, ce sont les fonds obligataires qui ont véritablement tiré les ventes nettes, soutenus par un assouplissement de la politique monétaire et de meilleures performances des titres à revenu fixe. Les fonds monétaires ont continué d’enregistrer des entrées de capitaux, tandis que les fonds mixtes sont revenus à un solde légèrement positif après plusieurs années de rachats. Les fonds communs de placement en actions ont connu des sorties nettes, même si l’exposition aux actions reste importante par le biais des produits mixtes et de répartition d’actifs.
Les flux vers les FNB ont été généralisés à toutes les classes d’actifs, les FNB actions occupant une place prépondérante. Il convient de noter que les FNB actifs représentent désormais la moitié des ventes nettes totales des FNB, ce qui met en évidence une évolution structurelle dans la manière dont les investisseurs combinent la gestion active et le véhicule que constituent les FNB.
Les ventes de fonds d’investissement alternatifs se sont également distinguées, l’année 2025 ayant été la plus performante jamais enregistrée, tant pour les fonds communs de placement que pour les FNB, ce qui témoigne d’une demande soutenue en matière de diversification dans un cadre réglementé.
Une vue d’ensemble plus complète du secteur des valeurs mobilières au Canada
Le rapport de cette année met pour la première fois en parallèle l’activité des fonds et l’évolution des marchés financiers canadiens. La capitalisation boursière totale des bourses canadiennes a dépassé les 6 500 milliards de dollars en 2025, grâce principalement à des gains de valorisation plutôt qu’à de nouvelles introductions en bourse. Dans le même temps, l’activité en matière d’introductions en bourse a été modérée, poursuivant une tendance à la baisse du nombre d’entreprises accédant aux marchés boursiers. En effet, si l’on exclut les FNB, les fonds à capital fixe, les sociétés d’acquisition à vocation spécifique et les sociétés de capital de démarrage, il n’y a eu que cinq nouvelles cotations combinées à la TSX et à la TSXV en 2024 et en 2025.
Du côté des titres à revenu fixe, l’encours des titres de créance canadiens a continué de progresser pour dépasser les 6 000 milliards de dollars, ce qui témoigne de l’importance des marchés obligataires dans le financement des activités des administrations publiques et des entreprises.
La route qui nous attend
Les chiffres de 2025 dressent le portrait d’un secteur des fonds d’investissement résilient, qui s’adapte avec succès à l’évolution des besoins et des préférences des investisseurs, que ce soit par le biais de l’adoption des FNB actifs ou d’opportunités offertes par des fonds alternatifs. Toutefois, la santé de ce secteur reste étroitement liée à celle des marchés financiers dans leur ensemble.
Le marché primaire des nouvelles introductions en bourse reste un sujet de préoccupation. Pour qu’un écosystème soit dynamique, il ne suffit pas que des fonds d’investissement solides allouent des capitaux ; il faut également un vivier diversifié et en pleine expansion de sociétés cotées en bourse pour les accueillir.
Si les investisseurs canadiens affichent une bonne diversification géographique, avec des allocations importantes aux États-Unis et à l’international, il reste essentiel de redoubler d’attention sur la formation de capital à l’approche de 2026. De nombreux dirigeants du secteur privé et du gouvernement énoncent les bons objectifs. Le défi consistera à traduire ces intentions en résultats mesurables qui garantissent que les marchés canadiens restent un moteur dynamique de la croissance économique à long terme et offrent des opportunités d’investissement compétitives aux investisseurs.