Droits de douane, incertitudes commerciales et fardeau réglementaire au Canada : plaidoyer en faveur de l'efficacité
La nécessité d’une réforme réglementaire et d’une résilience économique accrue du Canada est plus claire que jamais
Chronique pour Advisor.ca
Par : Ian Bragg, Vice-président, Recherche et statistiques, Association des marchés de valeurs et des investissements
Les droits de douane sont rarement une bonne nouvelle. Comme l’a fait remarquer David Kelly, stratège mondial chez Gestion d’actif JPMorgan : « Le problème avec les droits de douane, pour faire court, c’est qu’ils font grimper les prix, ralentissent la croissance économique, réduisent les bénéfices, augmentent le chômage, aggravent les inégalités, diminuent la productivité et exacerbent les tensions mondiales. À part ça, ils ne posent pas de problème. »
Compte tenu du caractère imprévisible des déclarations de Trump en matière de droits de douane et des tensions commerciales persistantes entre les États-Unis, le Canada et d’autres partenaires commerciaux mondiaux, il est difficile de prévoir les répercussions de tout cela sur le secteur de la gestion d’actifs.
À ce jour, les États-Unis ont imposé plusieurs droits de douane sur les produits canadiens, notamment de 25 % sur l’acier, l’aluminium et certains véhicules automobiles. D’autres droits de douane sur les pièces automobiles sont prévus pour le mois de mai.
En réponse, le Canada a instauré des droits de douane réciproques de 25 % sur près de 30 milliards de dollars d’importations en provenance des États-Unis, notamment des véhicules et des métaux, tout en ciblant les produits non conformes à l’accord commercial entre le Canada, les États-Unis et le Mexique.
Mais entre les impositions de droits de douane vertigineuses, les suspensions, les revirements et les modifications négociées, la politique commerciale du président américain n’a fait preuve ni de cohérence ni de prévisibilité.
Cette volatilité extrême des marchés et cette incertitude tarifaire font peser des risques importants sur le secteur financier. Les fluctuations quotidiennes spectaculaires, susceptibles de faire disparaître des milliers de milliards de dollars en une seule journée, sont source d’instabilité. Les investisseurs canadiens sont de plus en plus inquiets, surtout lorsque leurs portefeuilles perdent de la valeur. Compte tenu de l’affaiblissement du marché de l’emploi et des prévisions d’inflation, les économistes mettent en garde contre le risque d’une récession au Canada, qui pourrait freiner les nouveaux flux d’investissements individuels.
Au-delà de leurs répercussions immédiates, les droits de douane soulignent l’urgence pour le Canada de renforcer sa résilience économique. De nombreux commentateurs ont préconisé des mesures telles que la diversification des marchés pour les biens et services canadiens, la suppression des barrières commerciales interprovinciales et l’amélioration de la productivité.
Avant même le début de la guerre commerciale, la Banque du Canada qualifiait la faible croissance de la productivité au Canada d’« urgence ». En effet, entre 1984 et 2022, la productivité économique du Canada a reculé par rapport à celle des États-Unis, passant de 88 % à 71 %. L’Italie était le seul pays du G7 à afficher des résultats encore plus médiocres.
Une réforme réglementaire s’impose
L’une des stratégies visant à accroître la productivité au Canada consiste à améliorer l’efficacité de la réglementation et, bien que des progrès aient été réalisés récemment, cela reste l’un des principaux leviers de progrès. Cela revêt une importance particulière pour le secteur des valeurs mobilières, qui est freiné par l’évolution croissante de la réglementation, et ce, de deux manières principales.
Tout d’abord, le secteur des valeurs mobilières a fait l’objet, ces dernières années, d’un grand nombre d’initiatives réglementaires majeures, qu’elles soient à l’état de proposition ou déjà mises en œuvre. Cela s’est traduit par une charge de travail considérable et permanente pour les entreprises et a mis à rude épreuve les capacités des services opérationnels, de conformité et informatiques.
Si le renforcement des contraintes réglementaires a un coût direct, les ressources qui doivent être consacrées à la mise en conformité entraînent également un coût d’opportunité, ce qui freine l’innovation. Chaque dollar que les gestionnaires d’actifs et les gestionnaires de patrimoine doivent consacrer à la mise en conformité est un dollar en moins disponible pour la croissance de l’entreprise, le développement de produits ou l’innovation technologique.
Une étude récente de l’Institut C.D. Howe, intitulée « Le bon, le mauvais et l’inutile : un bilan des réglementations financières au Canada », souligne que les autorités de régulation des services financiers canadiennes ne tiennent pas suffisamment compte des effets négatifs des nouvelles règles sur la concurrence et l’innovation.
D’autre part, le cadre réglementaire peut considérablement entraver la capacité des entreprises à mener à bien des projets d’envergure, en particulier ceux qui nécessitent d’importants investissements en capital, tels que les pipelines, les infrastructures ou les initiatives d’exploitation des ressources. À titre d’exemple, les projets de pipeline Energy East et Northern Gateway ont fait l’objet de procédures d’examen réglementaire longues et contraignantes, qui ont finalement conduit à leur annulation.
Des obstacles réglementaires similaires entravent la réalisation de projets liés aux énergies renouvelables, les chantiers de grande envergure, les initiatives en matière d’infrastructures technologiques, etc. Ces obstacles restreignent non seulement les possibilités d’investissement pour les investisseurs canadiens, mais freinent également la croissance économique générale et la création d’emplois dans les secteurs connexes.
Si la réglementation est un élément indispensable des marchés financiers et de l’activité des entreprises, les pressions tarifaires extérieures nous rappellent qu’il est impératif de renforcer et d’améliorer l’efficacité de l’économie canadienne. La lutte contre les inefficacités réglementaires doit devenir une priorité absolue.
La réduction de la charge réglementaire renforcera la résilience économique du Canada, ce qui permettra au pays de mieux faire face aux aléas de la conjoncture économique tout en favorisant de meilleurs résultats financiers pour tous les Canadiens.