L'éducation financière est une responsabilité commune. Faisons les choses correctement
L’éducation devrait être largement accessible et pertinente pour la jeunesse d’aujourd’hui
Chronique d’invité pour Investment Executive
Par : Andy Mitchell, Président et chef de la direction, L’Institut des fonds d’investissement du Canada
Je pense que la plupart des Canadiens s’accorderaient à dire que la culture financière est une compétence essentielle dans la vie. Apprendre les bases de la gestion de l’argent devrait, en théorie, conduire à des comportements qui aident les gens à prendre des décisions financières et de consommation éclairées, favorisant ainsi des résultats financiers positifs. Parallèlement, le fait d’avoir des investisseurs bien informés contribue à renforcer l’économie canadienne et allège la charge qui pèse sur l’État en matière de soutien et de financement.
Je dis « en théorie » car nous savons tous que suivre un cours ne signifie pas forcément que l’on soit capable de mettre en pratique ces nouvelles connaissances. Dans une récente chronique du Globe and Mail, Preet Banerjee abordait la psychologie de l’argent : « En enseignant aux élèves non seulement les rouages de la gestion financière, mais aussi les pièges psychologiques susceptibles de faire dérailler leurs bonnes intentions, nous pouvons leur donner des outils plus efficaces pour prendre des décisions financières dans la vie réelle. »
De plus, la culture financière recouvre de nombreux aspects, notamment l’épargne et l’investissement, la gestion d’un budget, le crédit et les prêts immobiliers, la planification de la retraite et la fiscalité. Dans le monde numérique d’aujourd’hui, il y a bien d’autres choses à comprendre, notamment la protection par mot de passe, l’authentification multifactorielle, les cotes de crédit, la prévention des escroqueries, et bien d’autres encore.
Il y a quelques années, le gouvernement fédéral a lancé la Stratégie nationale de littératie financière 2021-2026, qui vise à renforcer la résilience financière et à créer « un écosystème financier plus accessible, plus inclusif et plus efficace, capable d’apporter un soutien concret à la diversité de la population canadienne ». Je me réjouis de l’existence d’une telle stratégie et j’ai hâte d’entendre parler de progrès significatifs vers la réalisation de ces objectifs ; cependant, le plan fédéral ne traite pas de la littératie financière chez les jeunes. C’est là que nous devons concentrer nos efforts pour obtenir le plus grand impact.
On peut commencer très tôt à sensibiliser les enfants à la gestion de l’argent. Par exemple, vous pouvez offrir une tirelire à un jeune enfant et lui apprendre à y mettre de l’argent. L’étape suivante pourrait consister à ouvrir un compte bancaire à son nom et à lui montrer comment effectuer des dépôts et économiser en vue d’un achat qu’il souhaite réaliser. À mesure que les enfants grandissent, les parents peuvent continuer à approfondir ces principes de base en leur présentant des notions telles que l’emprunt et la gestion d’un budget.
Tous les parents ne se sentent pas à l’aise ou suffisamment informés pour parler à leurs enfants de la gestion de l’argent. Et dans certaines familles, le sujet de l’argent est tout simplement tabou. C’est là que les écoles peuvent jouer un rôle.
À l’Institut des fonds d’investissement du Canada, nous nous sommes demandé dans quelle mesure l’éducation financière avait été intégrée dans les programmes scolaires. Nous avons donc lancé un projet de collecte de données afin de déterminer ce qui est enseigné dans les écoles à travers le pays.
Nous avons constaté une grande disparité. La plupart des provinces et territoires canadiens ont intégré, dans une certaine mesure, l’éducation financière dans leurs programmes scolaires, mais l’étendue et la nature de cet enseignement varient considérablement d’une région à l’autre. Si toutes les régions, à l’exception du Manitoba, du Nunavut et du Québec, proposent une forme d’éducation financière dès les petites classes, tous les contenus ne sont pas obligatoires.
Quatre provinces et un territoire (la Colombie-Britannique, Terre-Neuve-et-Labrador, les Territoires du Nord-Ouest, l’Ontario et l’Île-du-Prince-Édouard) se distinguent par leur approche relativement complète, qui commence dès le primaire et se poursuit jusqu’au secondaire. Dans ces régions, les élèves acquièrent très tôt les bases, notamment comment compter, épargner, acheter et échanger des biens. À la fin de leurs études secondaires, les élèves ont acquis des compétences financières essentielles telles que l’établissement d’un budget, le paiement des factures, la gestion des prêts et l’utilisation des cartes de crédit.
Il est intéressant de noter que le gouvernement du Manitoba a lancé en 2023-2024 un projet pilote, en partenariat avec une entreprise de la Colombie-Britannique, visant à proposer aux élèves du secondaire des cours facultatifs en ligne sur l’éducation financière, en complément du programme scolaire habituel. D’autres provinces et conseils scolaires ont mis en place des projets pilotes similaires. Peut-être que ce type de partenariats public-privé est la voie à suivre, étant donné que l’éducation financière est un domaine spécialisé et que les conseils scolaires, dont les budgets sont serrés, ne disposent pas toujours du personnel qualifié pour l’enseigner.
Certaines provinces sont en train de revoir leur approche en matière d’éducation financière, notamment en rendant ce contenu obligatoire. Au début de l’année, le gouvernement de l’Ontario a annoncé le lancement, en 2025, d’un module obligatoire d’éducation financière intégré au cours de mathématiques actuel de 10e année. Cette approche semble judicieuse, et nous attendons avec impatience de voir si d’autres provinces suivront cette voie.
Quelle que soit la manière dont l’éducation financière est dispensée aux jeunes Canadiens, elle doit s’adapter à une époque en constante évolution. Nos recherches ont montré que de nombreuses provinces enseignent des contenus obsolètes, sans aborder, ou très peu, des sujets d’actualité pertinents, tels que les virements électroniques, les applications mobiles et la prévention du vol d’identité.
Mes deux enfants sont aujourd’hui de jeunes adultes, et leur génération est confrontée à une multitude de défis et de tentations en ligne que je n’aurais jamais pu imaginer : cela va des jeux d’argent en ligne à l’investissement dans des « valeurs sûres » comme les cryptomonnaies, en passant par la question de savoir si les nombreux « finfluencers » qui dispensent des conseils sur les réseaux sociaux possèdent réellement une quelconque expertise financière.
Étant donné que l’éducation relève de la compétence des provinces et des territoires, et non du gouvernement fédéral, il serait difficile de garantir l’uniformité des cours d’éducation financière à l’échelle du pays. Il semble toutefois évident qu’il existe un besoin d’une éducation financière plus complète et plus actuelle. Améliorer l’accessibilité et la pertinence de ces cours permettrait de mieux préparer les jeunes aux réalités financières du monde moderne.