N'y compte pas trop
Vingt ans d’investissement contre deux décennies de paris : les paris sportifs coûtent très cher aux jeunes Canadiens
Chronique rédigée pour Investment Executive et Advisor.ca
Par : Ian Bragg, Vice-président, Recherche et statistiques, Association des marchés de valeurs et des investissements
Une étude publiée dans le Journal de l’Association médicale canadienne (JAMC) met en évidence l’exposition croissante des jeunes Canadiens aux publicités pour les jeux d’argent, en particulier celles qui font la promotion des paris sportifs. Intitulée « Protéger la jeunesse canadienne contre les risques liés à l’exposition à la publicité pour les jeux d’argent », cette étude souligne qu’un marketing non contrôlé représente un risque important pour la santé publique des jeunes et préconise la mise en place de mesures réglementaires urgentes afin d’atténuer ces effets néfastes.
Depuis la légalisation des paris sportifs sur des événements individuels en 2021, le secteur des jeux d’argent au Canada a connu une transformation radicale. Ce qui était autrefois un marché essentiellement clandestin s’est transformé en une industrie pesant plusieurs milliards de dollars, portée par la facilité d’accès aux paris sur mobile, les partenariats avec les grandes ligues sportives et l’afflux de jeunes parieurs.
Selon Statistique Canada, 64,5 % des Canadiens âgés de 15 ans et plus ont déclaré avoir participé à une forme ou une autre de jeu d’argent au cours de l’année écoulée. Cela représente près de 19 millions de personnes. Un sondage Léger a révélé qu’il y a plus de six millions de parieurs sportifs canadiens rien que dans ce domaine.
Les risques graves pour la santé publique mis en évidence par l’étude du JAMC sont étroitement liés à des risques financiers considérables.
Les chances de gagner ne sont pas en faveur du parieur. En effet, l’avantage de la maison dans les paris sportifs est d’environ 5,4 %. Cela signifie qu’une personne qui parie 1 000 $ perd en moyenne environ 54 $.
Bien sûr, les pertes peuvent être bien plus importantes. Dans certains cas, les pertes poussent à continuer à parier, souvent en augmentant les mises après une série de paris perdants. Des études montrent que rares sont les parieurs qui gagnent régulièrement. La plupart finissent par perdre plus que ce à quoi ils s’attendaient.
Parier sur leur avenir
Si de nombreux jeunes Canadiens s’adonnent aux paris sportifs et que certains parviennent même à gagner de temps à autre, comment cette habitude se compare-t-elle à une stratégie d’investissement rigoureuse sur le long terme ? Imaginons le cas d’un jeune de 25 ans qui dépense actuellement 1 710 $ par an (environ 33 $ par semaine) dans les jeux d’argent en ligne.
C’est la perte moyenne par compte en ligne, selon Jeux en ligne Ontario. Ce chiffre correspond au total des mises après prise en compte des gains et des pertes.
Et si cette personne avait préféré investir cet argent ?
Sur une période de 10 ans, l’investisseur pourrait accumuler 22 584 $ en valeur nominale, en supposant un rendement annuel de 5 %. Cela représente plus de 5 400 $ de gains en plus de ses cotisations. Sur une période de 20 ans, ce même montant investi rapporterait 59 370 $, soit plus de 25 000 $ de plus-value.
En revanche, les pertes totales d’un joueur sur cette même période de 20 ans s’élèveraient en moyenne à 34 200 $. Si l’on additionne les pertes prévues et les gains potentiels, on obtient un écart de plus de 94 000 $.
Conséquences pour les conseillers
Les conseillers ont un rôle essentiel à jouer pour aider les jeunes clients à prendre conscience de l’impact financier à long terme des paris sportifs réguliers, même lorsque les montants semblent modestes. Ces dépenses sont souvent considérées comme un loisir ou des dépenses discrétionnaires, mais au fil du temps, elles peuvent insidieusement compromettre les objectifs de constitution de patrimoine.
En engageant le dialogue avec leurs clients sur le coût d’opportunité et en leur montrant comment de petits montants réaffectés à des placements peuvent générer des rendements significatifs à long terme, les conseillers peuvent mettre en avant l’importance de la discipline financière.
C’est également l’occasion pour le secteur de l’investissement de prouver sa pertinence auprès de la jeune génération en proposant des conseils et un accompagnement qui établissent un lien entre les comportements financiers d’aujourd’hui et les résultats de demain.